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dimanche, 12 novembre 2006

Nucléaire : le modèle normand peut faire école.

Cet article a été publié en mai 2006 sur le blog de la rédaction de Ouest France par didier PILLET directeur de l'information

Alors que le pétrole devient rare et que son prix flambe, le nucléaire devrait être l’un des grands sujets de débat de la présidentielle. Il faut sortir du nucléaire plaident les uns, tandis que de plus en plus de voix s’élèvent en faveur d’un nouveau plan de construction de réacteurs et de centrales pour faire face à la pénurie. Des positions apparemment inconciliables que les Bas-Normands ont pourtant réussi à conjuguer. Dans cette région très nucléaire, avec les deux usines de La Hague (retraitement des déchets) et de Flamanville (production d’électricité), la gauche aux affaires au conseil régional vit ses différences d’approche de la question énergétique dans la sérénité. Et va de l’avant. Un véritable modèle pour les stratèges de la campagne électorale qui ne veulent pas que le nucléaire devienne pomme de discorde.
À ma gauche, le socialiste Philippe Duron. En sa qualité de président de la région de Basse-Normandie, il peut diffcilement s'élever contre le nucléaire. Avec ses deux usines manchoises, bientôt le réacteur EPR de la nouvelle génération qui sera implanté à Flamanville, des labos de recherche associés et une nuée de sous-traitants le secteur pèse plusieurs milliers d’emplois et constitue une manne pour l'initiative publique. Pourtant, Laurent Fabius, le chef de file du courant dont Philippe Duron est le porte-parole dans la région, réclame que le PS fasse son agiornamento sur le nucléaire et dit clairement non à l'EPR.
À ma droite, Yannick Soubien, vice-président de la région Basse-Normandie et leader des Verts, autant qu’il puisse en exister dans le parti écolo. Il est très engagé dans le mouvement " Sortir du nucléaire " et exprime régulièrement son opposition à cette énergie. Et pourtant il travaille sans ciller à la Région aux côtés de Philippe Duron.
Comment ces deux responsables politiques aux options si éloignées, font-ils pour cohabiter au sein de la même équipe dirigeante, sans se déchirer ? "On sait ce qui nous réunit et nous sommes capables de parler de nos différences, répond Soubien. Duron écoute et il ne me met pas mal à l’aise. Le désaccord sur le nucléaire entre le PS et les Verts est historique, c’est une des raisons pour lesquelles les Verts font cavalier seul au premier tour. Mais il faut travailler ensemble et ce qui nous réunit est plus important que ce qui nous divise. "
Ainsi, quand la droite bas-normande a réclamé au conseil régional un vote en faveur de l’EPR, Philippe Duron a dit non ….à l’ouverture du capital d’EDF. Les Verts ont applaudi. A l’heure de passer au décompte des voix, ils n’ont pas claqué la porte mais ont contenu leur objection dans un simple refus de vote.
La grande manifestation antinucléaire, qui a rassemblé autour de 20 000 personnes à Cherbourg durant le week-end de Pâques, aurait pu être ravageuse pour les deux alliés. Mais Philippe Duron, au lieu de mettre en avant son soutien au nucléaire et à l’EPR, a réclamé haut et fort " plus de moyens pour les énergies renouvelables ".
À la grande satisfaction de Yannick Soubien, qui ne cesse de répéter : " Les énergies renouvelables, si on mettait le paquet dans le Grand Ouest, avec un plan d’investissement de 3 milliards d’euros, ce serait deux fois plus de puissance énergétique et deux fois plus d’emplois ! Nous sommes conscients de ce qu’apporte le nucléiare aujourd’hui, c’est pourquoi nous ne brandissons pas l’étendard de la peur et que nous réclamons une sortie progressive. Mais une sortie tout de même car la mono industrie nucléaire non seulement constitue un risque pour les générations futures mais elle empêche de développer les autres énergies."
Philippe Duron estime pour sa part qu’il est possible de développer les énergies renouvelables sans pour autant prôner l’abandon du nucléaire. Alors, il soutient la demande d’investissements de son vice-président Vert.
A dix mille années lumière des radicalismes, la terre de modération qu’est la Normandie trouve ainsi, jour après jour, des raisons de conjuguer des positions antagonistes qu’en d’autres lieux on ne serait pas loin de juger inconciliables. Les directions nationales du PS comme des Verts auront intérêt à faire un crochet par la Basse-Normandie au moment de boucler les programmes de la présidentielle et des législatives. Il y a à son conseil régional un véritable savoir faire pour transformer les différences en consensus pour l'action.